Marc Château
La Vie Intérieure
ISBN : A venir
Ouvrage créé en auto-édition par l’auteur d’origine sous le pseudonyme de Marc Château.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation sont réservés pour tous les pays.
© Marc Château, 2023
"Rien ne dure, sauf l’espace que je creuse en Moi."
Chapitre 0 : La vie intérieure
Chapitre 1 : L’instant éternel
Chapitre 2 : La seconde naissance
Chapitre 3 : Ecrire pour exister
Chapitre 4 : Tourner la page
Chapitre 5 : Je ne peux plus faire demi-tour
Chapitre 6 : Être hypocrite pour survivre
Chapitre 7 : L’habitude du changement
Chapitre 8 : L’ennuie inévitable
Chapitre 9 : La mécanique subjective
Chapitre 10 : Société éphémère
Chapitre 11 : Distance cachée
Chapitre 12 : Je me réfugie où maintenant ?
Chapitre 13 : Saucer le palmier
Chapitre 14 : La fin partout, sauf pour moi, l’arbre
Chapitre 15 : Au cœur de l’être masqué
Chapitre 16 : L’art de parler pour ne rien dire
Chapitre final : Seul avec soi et le temps
Chapitres
Néologisme
Orrifulaire (adj. poétique littéraire) :
Se dit d’une phrase ou de quelque chose dont la vérité n’existe que dans le moment où elle est dite. Être orrifulaire est par essence fragile, condamné à disparaître avec l’air qui l’a porté. Toute tentative de le figer le rend factice.
« Ses mots étaient orrifulaires, comme un air de flûte dans le vent. »
« Le discours politique des nazis étaient orrifulaires, ce n’est plus acceptable de penser ainsi aujourd’hui. »
« Tout me parait orrifulaire, la mode passe très vite. »
Orrifulaire viendrait du latin ora (bouche, souffle) et rivus (ruisseau), croisé avec fugere (fuir) ou flatus (souffle), formant l’idée d’une parole fluide, fuyante, évanescente. Le suffixe -aire en fait un adjectif de nature.
Musique
Les musiques qui m’ont accompagné pendant l’écriture de ce livre.
Solas (Piano Version) - Piano ZeroL - 2023
Cette musique évoque la solitude partagée, avec un solo de piano plein d’entrain, de nostalgie, de mélodie sur plusieurs niveaux.The Untold - Secession Studios - 2016
Pleine de profondeur, de mélodies aux allures épiques, cette musique sublime une progression parcourue vers une réalité soudainement accessible.
L’histoire de l’histoire
J’ai écrit ce livre lors d’une période de transition dans ma vie.
Arrivé à un âge adulte avancé, enclin à des responsabilités loin de la vie littéraire, il me paraissait difficile de continuer à vivre sans avoir écrit un livre sur ma vie intérieure, celle qui est l’inspiration de mes œuvres certes, mais aussi de mes actions, de ma carrière et de mon amour.
Je voyais le temps passé, et aucun moyen de photographier mon intérieur profond, celui qui me suit depuis ma naissance. Or, comment figer des pensées plus proprement que grâce à l’art de la littérature.
J’ai écrit un premier texte qui s’appelle « Pensées » dont le ton et le rythme ont poussé ma créativité à dialoguer davantage avec mon esprit. Après quoi, lorsque j’ai terminé l’écriture complète de ce livre, j’ai ressenti une plénitude profonde, un soulagement d’avoir écrit ce qui constitué l’origine même de ma vie intérieure.
« Ça y est, j’ai fini d’écrire mon livre, je peux enfin mourir en paix » me dis-je.
« Nan, tu peux enfin vivre en paix » me répondis-je.
Le monde continuait de tourner, mais moi, pendant ce temps d’écriture, je me sentais invincible, comme si j’étais protégé pour pouvoir continuer d’écrire ce livre.
Cette expérience profonde a su me satisfaire quant à mes réponses attendues sur l’inconnu qui sommeille en moi, et j’espère qu’il résonnera pareil en ceux qui le liront.
Lors de l’écriture de ce livre, je n’avais aucun plan précis. Les titres de chapitres et les phrases sortaient de nulle part, et je me suis dit que cela venait sûrement de mon inconscient. Je ne me sens pas jouer la comédie, et pourtant on reconnaîtra un théâtralisme. Je dirais presque un monologue en aparté le plus long de l’histoire.
Dès les premiers chapitres, je l’ai lu dans un microphone pour comprendre leur musicalité et leur durée. Chaque chapitre dure entre 3 et 9 minutes de lecture à peu près, ce qui en fait un livre court, mais aussi fascinant à la première lecture qu’à la millième. Un livre à lire comme une pièce de théâtre, un monologue qui finalement est imprégné de mon histoire intérieure véritable.
Je reprends plaisir à relire ces textes pleins de raisons, qui viennent creuser en nous, pour offrir encore plus d’espace dans sa propre vie intérieure. Au-delà de toutes les constructions sociales, et artefact, ce livre me marquera pour toujours comme une bonne raison pour prendre du temps pour soi.
Le design original du livre m’est venu car je voulais montrer l’aspect d’un cadre photo, photographiant mes pensées. La vitre permet de voir directement la première page du livre. Cela permet de ne faire qu’un avec le concept de « la vie intérieur» puisqu’on voit directement l’intérieur du livre dès le premier regard. Le cuir noir représente l’aspect sombre du Néant que j’explore. Au dos, les lettres d’or marquent mon chemin dans comme incrusté pour toujours.
Pour l’iconographie, j’ai choisi un château de sable en référence à mon propre logo de Marc Château. Or, celui-ci est amené à disparaître rapidement lors de la prochaine vague, une manière de montrer « l’orrifularité» de ce livre, qui trouvera sens justement que dans sa lecture globale. Certaines citations pourront apparaître, mais dans l’ensemble, il s’agit d’une partition de musique qui ne peut être jouée que du début à la fin pour en comprendre son rythme.
Voici l’histoire de l’histoire.
Chapitre 0 : La vie intérieure
Un peu de philosophie éloigne de Dieu ;
Beaucoup de philosophie fait s’en rapprocher.
Il fut des moments dans ma vie où le temps n’était plus suffisant.
Les époques s’enchaînaient, et la futilité de l’existence se faisait sentir. J’écrivais encore, certes, mais pour qui, et pourquoi ?
Mon esprit me soufflait que je n’avais rien accompli, que je ne valais plus rien. Que le passé était mort, et que malgré les victoires, désormais je n’étais plus personne.
Mais en écrivant, je me rappelais que j’avais existé.
Penser, puis le prouver. Tel était la nature de la littérature.
Me souvenir que j’ai une âme.
La même depuis ma naissance.
Et qu’elle m’a suivi, d’instant en instant, jusqu’au moment où vous me lisez.
Dans l’immensité des destins et des sens, entre la vie quotidienne et la vie littéraire, j’ai compris que mon écriture n’était pas une simple imitation, mais un art persistant.
Une façon d’exister, envers et contre le temps.
Quand je regarde toutes ces fictions posées sur les étagères, qui ne vivent que dans les vivants qui les lisent, je me dis que moi non plus, je ne dois pas gaspiller le peu de temps qui m’est donné à trop écrire, et à trop penser pour rien.
Car plus tard, je ne serai plus qu’une trace, des lignes, des pensées, jetées dans un univers abstrait où chaque lecteur inconnu me jugera à l’aune de sa propre vie intérieure.
Le lecteur pourra faire de moi ce qu’il voudra.
Je serai à sa merci, livré à son regard.
Il pourra m’oublier, me mépriser, ou bien m’ériger en idole.
Il sera libre.
C’est donc ça, la vie intérieure ?
J’aurais voulu que ce soit plus simple.
Qu’il vive dans sa propre imagination, sans moi.
Mais il faut de tout pour faire un monde.
⁂ ⁂ ⁂
Je suis retourné à l’endroit de mon enfance.
Tout me paraissait immense, autrefois. Aujourd’hui, tout est petit. Ceux que j’ai connus sont morts, ou ont déménagé. Il en reste quelques-uns, vieillis. Je les reconnais à peine. Eux aussi ne m’ont pas reconnu. Et pourtant, vingt ans sans se voir, et mes souvenirs sont restés intacts. Réels. Présents. Mais dans le monde, tout a changé.
Et dire qu’en une seule vie, on peut vivre quatre fois ce cycle du changement…
Mes grands-parents étaient parents, puis le cycle recommence. Qu’ai-je à léguer, moi ? Ma vérité d’esprit ? J’aurais voulu la recevoir, moi aussi. Connaître les vérités de mes ancêtres. Parler de la vie avec mes grands-parents, comprendre la tranquillité dans le tumulte, et apprendre à être différent, à être « content pour rien », comme je l’appelais, pour être un bon contemporain.
Or, dans mon monde intérieur, seuls moi et moi-même, nous parlons. Nous sommes nombreux, et pourtant si seuls…
J’ai longtemps cru qu’il n’y avait rien à dire là-dessus. Mais ce n’est pas vrai. Chacun exprime à sa manière ce qu’il entend, car chacun l’entend différemment. On pense comprendre l’autre, et finalement ce n’est qu’un écho de sa propre voix intérieure qui percute notre pensée immanente de l’instant présent, reflet de nos expériences.
Alors, on en vient à croire en Dieu.
Parce qu’on ne peut pas tout maîtriser.
Mais peut-être, Lui, le peut.
Peut-être l’a-t-Il voulu ainsi.
Et qu’Il nous a créés pour cela.
Quand je Lui parlerai à nouveau, ou à Elle , son esprit sera-t-il réceptif ?
Je pensais.
En moi.
Encore.
Et en corps.
Tout mon être était ancré dans cet instant d’écriture, où j’allais livrer mes pensées.
Ma vie intérieure.
Ce qui fait de moi : Moi.
Et, peut-être, réciproquement, ce qui fait de vous : Vous.
Chapitre 1 : L’instant éternel
Je suis à Aix-en-Provence, assis sur un banc au soleil.
En pleine semaine, en pleine après-midi.
Économiquement, je suis pauvre.
Mais techniquement, je suis libre.
Aucune personne pour me donner des ordres, aucun client à satisfaire. Je vis sur des économies, sur de l’argent confié par solidarité, par amitié, par vanité ou peut-être même par pitié. Ou mieux encore, je suis rentier, j’attends que l’argent rentre tranquillement, je profite de la vie, c’est pareil.
Les gens, à ma place, imagineraient sûrement ce qu’ils feraient : se lever de ce banc et chercher un nouveau travail à faire, un nouveau but à accomplir pour être utile au reste de l’humanité. Mais en vérité, ce n’est qu’une partie de moi qui y pense. Car les gens, comme moi en cet instant, pensent d’abord à eux-mêmes.
Et moi, ici, je m’autorise à garder le souvenir éternel d’une journée ordinaire.
Cela fait des mois, peut-être des années, que je cherche à rejoindre une bonne entreprise. Une structure où je pourrais me sentir stable, sécurisé. Construire doucement la famille que j’ai imaginée avec Julia.
Mais aujourd’hui, je suis seul.
Pas d’enfant à surveiller, pas de rendez-vous à honorer, juste le soleil et le silence. J’ai tout le temps pour plonger dans mes pensées, mon imaginaire et mes souvenirs.
Des recruteurs me promettent une vie nouvelle, rythmée par des horaires fixes, des projets, et peut-être, des achats concrets : un appartement, une maison, une voiture, des restaurants... Mais je préfère regarder les choses autrement : on ne peut pas aller plus vite que la Terre ne tourne sur elle-même.
Alors j’écris.
Pour me souvenir de cet instant fragile, bientôt effacé, qui laissera place à une nouvelle nuit, à de nouveaux récits. Toujours avec la même lune, toujours avec le même soleil, toujours avec la même impression de tourner en boucle.
⁂ ⁂ ⁂
La nouvelle époque est là.
Tout est informatisé, augmenté, prédit.
Des machines calculent les meilleures probabilités pour guider nos choix, nos métiers, nos vies.
On y est.
Ce n’est pas exactement comme dans les fictions d’antan, mais cela fonctionne ainsi, désormais. J’ai vécu assez longtemps pour voir que certains n’ont pas eu ma chance. Mort par stupidité, par excès, ou pour la guerre. Voire même, ils ne sont même pas nés. Les anciens adultes de mon enfance sont aujourd’hui des vieillards paisibles. Ils attendent, doucement, la fin.
Depuis que je suis adulte, je pense souvent à mon héritage intellectuel. Sinon, pourquoi vivre ?
D’autres ont fait tourner le monde, et on laissait leur travaux indémodables que l’on utilise tous les jours. Livres, cathédrales, savoirs. Mais un jour, il faudra encore plus. Comme il l’a toujours fallu, même à leurs époques.
Le temps efface ce qui est inutile.
Il ne reste que les grandes victoires et les défaites.
Le reste s’évapore.
La jeunesse, toujours naïve, revient à chaque génération, et moi, entre ma fatigue et ma paresse, j’écris.
Parfois simplement pour avoir écrit.
Comme un acte de foi, comme une prière.
Pour prouver que je n’étais pas qu’un animal guidé par le meurtre ou le sommeil.
Je pensais fort.
Si fort que j’essayais d’inscrire mes pensées dans des mots, ici et là.
Je m’imaginais comme un personnage de roman.
Un noble désemparé par la ruine imminente de son château.
Alors j’écris encore.
Pour bâtir ce château, malgré tout.
Même si personne ne lira.
Même si, ceux qui liront, ne s’y reconnaîtront pas.
Pourquoi écrire ?
Pourquoi écouter mes pensées ?
Peut-être parce qu’elles ne sont intéressantes qu’à travers une vie humaine.
Et ceux qui me liront, feront-ils de même ?
Écriront-ils leurs propres pensées ?
Probablement.
Mais moi, comme eux, je ne les lirai pas.
Mon plaisir ici était dans l’acte d’écrire, pas dans celui d’être lu.
Je suis las de toutes ces inepties de la vie.
Suis-je une méduse mentale ?
Suis-je comme tout le monde après tout ?
Une forme de vie qui flotte entre les mots ?
Ou suis-je un virus ? Une pensée contagieuse ?
M’étudier, oui. Mais après ?
Que faire de ce monologue intérieur ?
Chacun aura son idée. Et après ?
Trouver un sens ? S’accomplir ? Gravir une montagne ? Et après ?
Je croyais que tout m’avait été déjà raconté.
Mais quand je relève la tête de mon cahier, je vois que le monde a encore changé. Et moi aussi avec lui.
Les histoires qu’on se racontait ont pris une autre forme.
Mais le fond, lui, est le même :
– Les petits se font manger par les grands.
– Parfois, les petits battent les grands.
– Les grands jouissent de tous les privilèges.
– Il faut rassembler les petits pour les remplacer.
– Tout change, sauf le changement.
Le cycle de la vie tourne dans ma tête.
Tant que mon cœur battra, que mon sang coulera, je serai encore en vie.
En corps.
Il faudrait peut-être que j’arrête de penser.
Mais alors, plus d’instructions, plus de divertissements.
Et pour tout comprendre du monde, je devrais déléguer mes pensées à un ordinateur ou un autre orateur qui aurait fait exactement ce même travail : sortir sa vie intérieure vers la réalité extérieure.
Et moi, je l’écouterais. Comme vous, ici et maintenant.
Et mon château alors ?
Mon monde intérieur perdra-t-il sa richesse ?
Ce livre s’arrêtera.
Et je recommencerai à écrire, encore, pour relire ma propre pensée.
Mes idées s’enchaînent, sans "que", sans "sans", déclinant le sens vers rien d’autre que mon propre monde intérieur.
Ni proposition, ni opposition, avec moi-même, je peux être moi-même, hourra.
Est-ce là le but de la vie ? Satisfaire mon besoin d’écrire une belle histoire dans son esprit ?
Parvenir à faire « avec» , et « quand» ?
Construire ma vie intérieure juste pour m’y retrouver à certains moments ?
Le mystère de la vie semble infini.
Je comprends que les religions existent. Une fois arrivé ici, tout semble inexplicable, à la limite divin.
Je suis peut-être en train d’explorer une zone d’ombre que nul écrit sacré n’a encore visitée. Et même si je l’écrivais, il faudrait ensuite que je le fasse croire. Ainsi, je raconterais au monde ce qu’est le monde ?
Autrefois, je m’imaginais prophète d’un autre temps.
Un martyr volontaire, sacré, pour découvrir la vraie nature de mon verbe. C’est beau de se sentir être un héros. Mais après quoi, on finit juste par être un nom.
Il n’y a rien à atteindre en définitive.
Je ne peux même pas aller sur la Lune.
Je reste ici.
À contempler mes pensées.
C’est ce que j’ai fait.
Comme tous ceux qui, un jour, se retrouvent seuls face à l’infini d’eux-mêmes.
Avec qui vais-je partager cette pensée ?
Peu importe, c’est déjà écrit.
Quand sera-t-elle partagée ?
Cela dépendra de celui ou celle qui la lira.
Ici.
Maintenant.
Et après ?
Je m’aère l’esprit.
Je philosophe.
Je, je.
Moi, moi.
Et puis vous.
Puis après eux.
Voilà. J’ai résumé la vie intérieure de toute l’humanité.
Et je suis encore là.
Assis sur ce banc, en plein mois de mai.
À profiter de l’oisiveté.
À goûter à la singularité de cet instant, qui me permet d’enchaîner les mots de manière unique, élégante, incertaine.
Plutôt celui-ci ?
Ou celui-là ?
Jusqu’où puis-je penser ?
Les gens lisent pour se préparer à vivre dans le monde réel.
Et avec tout ce que j’ai écrit… ils devraient commencer à se poser des questions. Pourquoi le réel est aussi représenté par mon livre qui présente la vie intérieure ?
Pourquoi sommes-nous toujours là ?
Pourquoi croire que la vie intérieure devrait s’exposer ?
Les pensées, comme le sang, coulent pour nous faire vivre. Alors pourquoi vouloir les répandre partout ?
Je veux bien donner.
Je le fais déjà. Mais il faut que cela s’arrête.
Sinon je ne pourrai plus recommencer, et je mourrai d’avoir tout donné.
Alors je dresse un rempart.
Un livre.
Un vrai.
Imbibé de mon essence, de ma nature comique, de ma dramaturgie postérieure. Ce que je connais de moi, mais surtout de ce que je sais du monde.
Je le connais, oui, mais je ne peux pas l’arrêter, et encore moins, m’arrêter moi-même.
Comme le sang qui se répand lorsqu’il quitte le corps. Il n’y a que lorsque je quitterai cette feuille blanche que tout s’arrêtera.
Et vous, vous aurez de quoi lire.
Mes écrits. Mes pensées. Mon sang.
Mon âme ?
Vous ne la sentez pas ?
Elle est déjà en vous ? Elle pense encore à travers ce livre ?
Comme je l’ai fait moi-même, en lisant ceux qui m’ont bouleversé.
J’ai fait vivre l’âme de ses écrivains avec moi.
Il faut de tout pour faire un monde.
Alors voici une partie de mon tout.
Ma vie intérieure. Intense. Réel.
Le soleil a tourné depuis le début de ce livre.
Et comme vous, je n’ai pas le pouvoir de l’arrêter.
Le temps m’appelle ailleurs.
Mais ici, c’est certain, il restera cet écrit.
Pour l’Éternité.
Je ne peux plus retourner en arrière.
Comme vous, je dois continuer.
Je dois toujours la page.
Écrire un nouveau chapitre à mon histoire, à ma vie intérieure.
Chapitre 9 : La mécanique subjective
Depuis que j’ai commencé ce livre, je me suis investi dans une quête de découverte de ma propre vie intérieure. Une volonté d’immortaliser et d’universaliser l’invisible. Bien sûr, je l’avais déjà fait. Mais aujourd’hui, à mon nouvel âge, je ne suis plus le même : la version de moi d’il y a dix ans a disparu.
Il reste mes souvenirs, mes photos, mes vidéos, mes textes, les preuves tangibles que j’étais celui que j’étais. Mais ainsi la nature est faite : ceux qui ne m’ont pas revu depuis des années ont conservé une image figée, un souvenir qui n’est plus celui que je suis devenu. Et en cela, je conçois le fonctionnement de la subjectivité, sa mécanique même. La place que j’ai occupée dans l’esprit d’autrui détermine l’espace auquel j’avais droit dans la société.
Certes, chacun peut mener une vie différente, mais en fin de compte, la vie que l’on vit résulte d’un compromis presque mécanique, entre ce que les autres nous laissent être, et ce que nous sommes capables de devenir. Un ajustement silencieux, régi par la subjectivité, même lorsque nous agissons en groupe.
Loin de moi l’idée de donner un cours de psychologie dans cette introspection poétique. Mais je vois ma vie intérieure comme une vérité alternative, cette illusion douce qui nous persuade que notre réalité est bien la réalité. Pendant que les autres vivent leur propre subjectivité, une mécanique implicite s’installe : on attend du gagnant qu’il soit heureux, et du perdant qu’il soit triste.
Cette mécanique subjective, je l’ai vécue intensément. Comme des milliards d’autres. Et comme la plupart d’entre eux, j’aimerais m’en affranchir une bonne fois pour toutes.
Puisque vous êtes là, laissez-moi encore vous raconter une histoire.
Quand j’ai changé de ville, personne autour de moi ne me connaissait. J’étais libre d’inventer qui je voulais être. À mes yeux, il ne s’agissait que de nouvelles rencontres. Mais pour ceux que je croisais, j’étais une énigme : mon passé, mes expériences, mes relations, tout cela leur était invisible. Ils se contentent de deviner, à partir de mon apparence, de mon langage, de ma façon d’être. J’étais, pour eux, une silhouette construite à partir d’indices, de présomptions.
Je venais de loin, avec une histoire propre. Et pourtant, ici, je pouvais vivre autrement. Car tous ceux que j’avais connus étaient restés ailleurs, dans une autre ville.
Notre subjectivité nous pousse à rencontrer du monde, à nous inscrire dans une caste sociale, à partager des ambitions et à financer nos propres visions. Après cela, tout devient mécanique. Certaines rencontres deviennent évidentes : on devient client, collaborateur, compagnon, simplement pour s’identifier, pour se rapprocher.
La subjectivité nous encourage à explorer, tant que l’on n’a pas trouvé notre juste place. Moi, je sentais que je l’avais trouvée. Je m’y accrochais.
Malgré les douleurs, j’étais loin de la solitude, et chaque jour m’offrait une paix fragile. Sachant que tout peut changer, je passais le plus clair de mon temps à tuer le temps, à travailler comme un citadin ordinaire.
Certains, en me regardant, diraient : « Quel homme ! ». D’autres, plus pragmatiques, diraient : « Il a raison de vivre ainsi, au moins, on sait à quoi s’attendre. »
Cette logique de l’exil m’a permis de comprendre la mécanique subjective. Comment les gens forment leur avis, et comment je forge le mien.
Chaque génération cherche de nouvelles explications pour traduire sa vie intérieure. L’idée du « personnage principal » en est une : chacun se voit comme le héros de son propre récit. Et chacun tente de l’exprimer, avec plus ou moins d’écho. Grâce aux réseaux sociaux, nous avons imaginé une symbiose collective. Mais en nous, toujours, demeure prioritairement cette mécanique subjective : pensée d’abord, puis action, pour tenter de faire unité entre l’intérieur et l’extérieur.
Pour mieux la comprendre, je repense à ces moments où j’ai mal agi. Où je me suis emporté contre des personnes qui ne le méritaient pas. Peut-être que Dieu me laisse un message, qu’Il m’offre une pénitence discrète, loin de tous, me permettant d’écrire cette vie intérieure.
Mais même là, cette idée pourrait n’être qu’un reflet de ma propre mécanique subjective. Une suite logique, un schéma d’auto-punition.
Avec le recul, j’aurais pu agir autrement. Tisser des liens avec des personnes qui, aujourd’hui, mènent des vies dont je rêve. Mais qui devient ami de qui, et pourquoi ?
Je croyais que certaines choses se méritaient. Mais bien souvent, ce sont les relations, les amis d’amis, les mises en contact qui dessinent notre vie réelle. On a le droit d’exister, d’être rémunéré, parce qu’un tel connaît un tel et a pensé à nous.
Le tissu social est une toile d’araignée. Il nous capture dans un rôle, une fonction, un état, même éphémère. On peut rêver de tout construire par soi-même, de tout mériter. Mais la vie intérieure ne fait que s’adapter.
Elle se cache dans le silence des échecs, dans ces journées passées à espérer, à essayer, pour ne rien produire de montrable. Ces journées de construction ensevelies forment, à la fin, notre biopic final.
Et tout cela demeure dépendant de la bonne volonté des autres. C’est mécanique. Presque objectif.
On dit : « Les riches restent avec les riches, les pauvres avec les pauvres. » Pourtant, l’argent circule. On peut tout perdre en un instant. Un accident. Une lubie. Une folie.
Mais au fond, tout cela est chimère. Il ne reste que la vie intérieure. Une voix. Des pensées. Des couleurs.
C’est le plus ancien système neuronal intégré en nous. La racine de tous les autres sujets. Un jour, cette logique pourra être observée, quantifiée, convertie en données. On retracera l’esprit tel qu’il fut à un instant donné. Ce ne sera jamais plus une destination, mais une passerelle vers l’humanité qui vient.
Nous aurons muté.
Et ce livre prendra sa place dans un musée, étiqueté « Avant-gardiste », ou quelques poésies de ce genre avait prédit l'instant présent.
Et après?
Et puis c'est tout.
Le temps deviendra le levier de nos ambitions. Et après nous, les enfants remodèleront le monde selon leurs subjectivités. Presque mécanique, comme une suite logique.
« Mais non » me direz vous. Elle est là depuis toujours. Cette éternelle puissance énergétique qui fait évoluer le monde.
⁂ ⁂ ⁂
Laissez-moi encore un peu de temps pour vous offrir une dernière observation.
Avant un entretien décisif, pour une école, un emploi, un projet, nous rejouons intérieurement tous les scénarios. Les pires. Les meilleurs. Cette logique s’éteint quand le moment est passé, qu’il n’y a plus d’influence possible.
Mais en nous, il reste l’écho. La matière de réflexion. Une multitude de conclusions sur nous-mêmes, nos capacités, nos envies, nos devoirs à venir.
C’est une mécanique, là encore. Comme l’eau qui s’infiltre dans le bois et donne la force de faire tourner la roue.
Nous lisons mieux que nous n’écrivons. Nous pouvons comprendre des milliards de styles, découvrir mille cultures. Mais une seule forme notre écriture présente. Même si elle évolue, cela n’entre que dans une mécanique subjective, identifiable, et peut-être universelle.
Ainsi, j’ai réussi à décrire la mécanique subjective, enfin. Et peu de personne ne la comprendront comme je l’ai compris.
Ainsi, ces métaphores prennent sens pour dire ce qu’aucune formule ne résume vraiment le fonctionnement interne de notre vie intérieure.
Tout ceci n’était peut-être qu'une ouverture pour mieux l’étudier.
Et, peut-être, pour mieux la conclure.
La suite est réservée aux Membres du Salon de Marc Château
Pour lire librement, tous mes livres.
En entrant au Salon, vous accédez librement à l’ensemble de mes livres. Pensé pour celles et ceux qui souhaitent s’installer dans mon travail, et suivre leur propre rythme.